Réforme scolaire, à reformuler ?

6 Jan 2018 | Education

L’instauration de la réforme scolaire a engendré de nombreux bouleversements dans les vies familiales. Nous allons comprendre les raisons de sa mise place, les perturbations que cela a généré et surtout envisager l’avenir de cette réforme controversée.

Historique

Au tout début, la loi « Ferry » du 28 mars 1882 sur l’enseignement primaire obligatoire donnait une journée de libre dans la semaine, le jeudi. Ainsi, les élèves pouvaient avoir une instruction religieuse en dehors des édifices scolaires. Puis, en 1972, le jour d’interruption changeât pour le mercredi. La polémique sur les rythmes scolaires ne naît qu’à partir des années 1980.
A la fin de la décennie qui suivit, en 1989, la loi d’orientation sur l’éducation réorganise l’année scolaire. Elle sera désormais constituée de 36 semaines étalées sur cinq périodes et la semaine est aussi allégée d’une heure.
Dans les années 1990, on assiste à des applications de nouveaux rythmes scolaires. La semaine est désormais composée de quatre jours avec un raccourcissement des vacances scolaires. Les premiers aménagements du temps scolaire pour pratiquer du sport ou autres activités culturelles lors des après-midi sont installés.
En 2008, la semaine de quatre jours est ré instituée et diminue la semaine scolaire de deux heures sans compensation. Cette réforme est critiquée et une Conférence nationale sur les rythmes scolaires est mise en place en 2010. Le 17 mai 2012, Vincent Peillon, alors ministre de l’Education nationale annonce le retour à la semaine de « cinq jours de classe » en primaire pour la rentrée de l’année scolaire 2013-2014.
Pour mettre en place ce projet, il propose la refonte de la semaine scolaire. En d’autres termes, il s’agit d’échanger la semaine de quatre jours au profit d’une semaine d’au moins neuf demi-journées. Les enfants reviennent alors soit le mercredi matin, soit le samedi matin. En prime, les vacances d’été sont aussi amputées de deux semaines afin de respecter le maintien du volume horaire annuel de classe sur 38 semaines au lieu de 36.
L’année 2016 aussi a amené avec elle des vents de changements. Ces changements s’articulent principalement sur trois points :
En premier lieu, il s’agirait de redéfinir les compétences du socle commun et le contenu des programmes pour les rendre plus lisibles, plus progressifs et plus cohérents. Ils concernent principalement trois matières fondamentales : le français, les mathématiques et l’histoire.
Deuxièmement, il encourage la pratique d’enseignements pluridisciplinaires pour renforcer le sens des apprentissages et engager les élèves dans des démarches collectives.
Enfin, il voudrait créer des temps d’accompagnement individualisé.

Les raisons qui ont poussé à instaurer cette réforme

Avec la mise en place de la semaine de 4 jours, en 2008, les écoliers français avaient le nombre de jours d’école le plus faible des 34 pays de l’OCDE : 144 jours sur 365, contre 187 jours en moyenne. Ils endurent aussi des journées plus longues et plus chargées que la plupart des autres élèves dans le monde. Puis la chronobiologie est venue tout chambouler.
En effet, selon des études menées, cet emploi du temps des rythmes scolaires est inapproprié et est même nuisible pour l’enseignement. Boosté par ce constat, le Gouvernement engage dès 2013, la réforme des rythmes scolaires avec une meilleure répartition des heures d’enseignements permise par la mise en place de la semaine de 4,5 jours.
Avec la réforme, le nombre de jours d’école passe à 180 par an. En application,une semaine compte 24 heures d’enseignement réparties sur 5 jours avec une demi-journée de plus. L’objectif de cette réforme est de rééquilibrer la semaine scolaire pour rendre l’aménagement horaire mieux adapté aux capacités d’apprentissage des élèves. Le samedi matin peut, dans certains cas, sur dérogation, remplacer le mercredi matin.

Quelles sont les portées de cette réforme?

La mise en place de cette réforme ne s’est passée pas sans heurts. En effet, elle a provoqué de grands bouleversements d’organisation tant au niveau des communes que des familles. En effet, ce sont aussi les communes qui supportent le coût financier de cette réforme.
L’Etat a pris en charge une partie du budget, la Caisse d’Allocations Familiales apporte aussi son aide si des activités périscolaires sont organisées mais le reste revient à la commune. Elle peut avoir recours à la participation des parents ou pas.
Avec l’avènement de la réforme scolaire le terme d’activités périscolaires est apparu. En quoi consistent concrètement ces activités ? Ce qui est sûr, c’est qu’elles ne se résument pas à des parties de jeux de société encadrées. Leur périmètre d’activité est très vaste et propose divers ateliers allant du théâtre classique au cours de chant, de la cuisine au bricolage, du Yoga voire même la sophrologie. Le choix de ces activités a été le fruit d’un consensus entre la mairie, les parents et les élèves de chaque localité.
Un autre blocage qui fait grincer les rouages de la mise en place de la réforme est la difficulté à trouver les animateurs de ces ateliers. D’autant plus qu’il faut souvent les diversifier afin de dynamiser les enfants. Cependant, même si cela n’est pas de leur ressort, certaines communes surtout en milieu rural ont juste mis en place un système de garderie au lieu des TAP.
Du côté des parents, les points soulevés sont les négociations d’aménagement d’horaires de travail avec l’employeur, le mode de garde des enfants. Le budget supplémentaire entraîné par cette réforme est aussi évoqué quand les activités sont payantes. Face aux mécontentements des écoles et à la grogne des parents, des assouplissements ont été concédés comme par exemple la possibilité de concentrer les activités périscolaires en un après midi.
Bon gré, mal gré, la totalité des écoles ainsi que les parents se sont pliés à ces changements et espèrent que le dérangement occasionné puissent apporter les améliorations escomptées.

Après la mise en place de la réforme, les avis sont mitigés mais tendent plus vers le négatif. Penchons-nous d’abord sur les bénéfices pédagogiques. La question légitime que nous devrions poser est : « Est-ce que nous chérubins ont progressé ? ». La réponse est sans appel.
Cette réforme n’emballe pas les enseignants car selon un syndicat, 7 enseignants sur 10 ne seraient pas d’accord sur le fait que cette réforme ait fait évoluer leurs élèves. Ils dénoncent notamment des dysfonctionnements liés au temps consacré aux activités périscolaires. De plus, 68% d’entre eux estiment que cette nouvelle organisation a entraîné une dégradation de leurs conditions de travail. Quand les enseignants sont perturbés, forcément, des répercussions sont ressenties.
Deuxième interrogation, les activités périscolaires sont-elles les mêmes pour tous ? Les réponses apportées montrent des inégalités en tout point de vue. Ce qui est certain, c’est que ce n’est pas la totalité des enfants scolarisés qui y participent. En effet, les raisons de cet « absentéisme » s’expliquent par l’horaire aménagé pour ces activités qui ne conviennent pas forcément aux parents.
Ensuite, viennent les raisons budgétaires quand ces activités sont payantes. Il va s’en dire que les élèves ne sont plus sur un même pied d’égalité même s’ils fréquentent la même classe et la même école.
En plus de cela, les parents sont également frustrés de savoir que les infrastructures ou les activités sont meilleures dans les grandes villes par rapport aux petites villes. Les points mal étudiés concernant ces activités sont donc : leurs horaires, leurs dissemblances et leur gratuité.

Troisième pétition et pas des moindres, le bien-être des enfants. C’est là surtout que le bât blesse. En effet, si cette réforme a vu le jour c’est bien au profit des écoliers. Sont-ils mieux lotis depuis ? Il n’y a rien de moins sûr. La large majorité des parents estiment que cette réforme a eu un impact négatif sur leur progéniture. Le premier point évoqué pour beaucoup est la désorganisation familiale. Les parents jonglent avec des horaires de dingue notamment avec les sorties qui ne coïncident pas souvent. Et tout le monde le sait, quand les parents sont énervés, ce n’est pas bon pour les enfants. La fatigue que la réforme voulait alléger, s’en est-elle allée ?
Dans la réalité, les airs las affichés par nos petits ne nous rassurent pas du tout. En effet le nouveau rythme impose des journées chargées et morcelées, des siestes tronquées et le mercredi autrefois destiné pour se reposer a été supprimé. Les conséquences sont alarmantes. Les élèves sont moins attentifs en classe, ils sont facilement énervés.
Autre répercussion de la fatigue, les élèves ont du mal à se lever en forme et rechignent à aller à l’école.

Conclusion

Pour toutes ces raisons, la généralisation des rythmes dans toutes les écoles publiques a donné lieu à des difficultés de mise en œuvre et à des résistances. La réforme ait été contestée par des parents, des enseignants et des élus, pas seulement pour des raisons politiques.
Le coût engendré et les difficultés d’organisation des activités périscolaires laissées à la charge des communes, ont alimenté les critiques. La réforme a été appliquée mais elle est loin de convaincre. Comme le résume si bien Sébastien Sihr, secrétaire national de l’organisation syndicale : «Comment se satisfaire d’une réforme dont le succès ne dépasse pas les 26%?»

A la rentrée 2017, le gouvernement revient en arrière pour les communes qui en font la demande, après l’aval des directeurs Académiques. Plus d’un tiers des communes aurait choisi de revenir à cette semaine de quatre jours.

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